Mais que se passe-t-il ? Au lieu du sourire de circonstance, il paraît mal à l’aise. Tout de suite il m’annonce d’un ton tragique qu’il est malade. « Ce n’est pas grave, je vais te soigner ! » m’entends-je dire, un peu étonnée de mes velléités maternelles, moi qui suis plutôt contre ce genre de relation mère-fils que certaines femmes ont parfois. Je l’amène à la maison. Il s’affale sur le canapé, l’air défait, et là, à mon grand étonnement, il me demande une soupe. « Une soupe ? » Je m’attendais à tout sauf à ça ! Surtout que moi, côté cuisine, ce n’est pas du tout ça. Je sors alors une brique de mon garde-manger et il me regarde, outré : monsieur n’aime que les soupes faites maison ! Je commence à sérieusement déchanter. Mais je conserve encore un petit espoir, mes fantasmes sont encore si vifs… Et voilà que l’italien me demande de lui montrer où est ma chambre. Enfin ! Mon cœur fait des bonds de joie dans sa cage.
Arrivé près du lit, il se tourne vers moi qui ne suis qu’attente et ouverture, et me déclare, le visage fermé : « Peux-tu aller me préparer cette soupe ? Tant pis, j’en ai trop besoin ». Je m’exécute la mort dans l’âme. Je suis là, dans ma cuisine, à touiller pensivement la soupe après l’avoir extraite de sa brique, quand ‘entends un petit bruit dans le salon. Je jette un coup d’œil par la porte de la cuisine. Horreur et damnation ! Là, sous mes yeux, mon rêve massacré se tient au beau milieu du salon, torse nu, en slip kangourou et chaussettes hautes, me demandant d’un ton geignard un thermomètre !
Alors, me sentant ravalée au rang de Mamma au lieu de la Madonna que j’avais fantasmée, j’ai soudainement vu cet homme sous un tout autre angle : inintéressant, morose, pantouflard…si peu mon style, si ridicule en fin de compte, que j’ai préféré en rire.
Mais j’ai gardé les cassettes et viré la voyante !
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