Onze millions, douze millions, treize millions, quatorze millions, quinze, seize, dix-sept millions. Les enchères continuent de grimper dans la salle et au téléphone. Quelqu’un qui représente un acheteur s’oppose à un « déguisé » qui lui-même se bat contre un « anonyme » au téléphone ! Et je n’ai pas le temps de me demander qui sont tous ces protagonistes tant la pression est épaisse et enivrante, le tempo serré. Je continue de laisser monter les enchères.
Arrivé à vingt millions, je marque une pause et jette un coup d’œil du côté du couple, au premier ra ng. Le professeur d’histoire de mon frère est rouge cramoisi, il respire à grandes goulées et je vois une grosse veine battre le long de son cou. À peine le temps de me dire « pourvu qu’il ne fasse pas un arrêt cardiaque »… et je
reprends les enchères, vingt et un, vingt-deux… La tension est à son comble, les yeux sont exorbités, je n’y crois pas encore, mais c’est un fait : je l’adjuge à vingt-huit millions de francs. C’est un grand marchand florentin qui remporte l’enchère pour Colnaghi’s - une officine londonienne – contre la Kunsthalle de Karlsruhe. Il sera nettoyé puis revendu -lorsque les fonds seront enfin réunis par le musée allemand- à leur légitime propriétaire. Il est à présent à Karlsruhe, accompagné du panneau du musée de Cologne, ce qui permet aujourd’hui de voir cette œuvre mondialement connue dans sa totalité répertoriée, mais pas, je le rappelle, dans son intégralité.
@ suivre, demain!
Commentaires