La vente
Mercredi 9 décembre 1998, salle sept à l’Hôtel des Ventes de Drouot. Atmosphère des grands jours dans ce lieu parfois poussiéreux, toujours rempli de chineurs, de marchands, d’intermédiaires, qui brasse tout autant le plus incroyable des bric-à-brac que des œuvres d’artistes contemporains ou de superbes meubles d’époque. Moquette rouge, murs rouges sur lesquels sont accrochés les tableaux lors des expositions d’avant–vente, ce qui permet aux futurs acheteurs de les voir, de les soupeser, de les estimer, de les désirer.
Reconstruit dans les années quatre-vingt, l’Hôtel des Ventes de la rue Drouot n’en est pas pour autant un modèle d’ergonomie. Quelques escalators petits et malcommodes aux parois de verre, un accueil souvent insuffisant pour les quatre à six mille personnes qui s’y pressent chaque jour : on a toujours l’impression d’un grand déballage dans lequel on pourrait, avec un peu de chance, découvrir le trésor de sa vie.
La salle est comble. Avec notre « préparation médiatique », des journalistes de la télévision ont installé leur caméra, d’autres sont disséminés dans l’assistance avec leur bloc note. Nous avons bien fait les choses !
Notre couple de professeurs s’est finalement déplacé. Je les assois au premier rang. Ils ont l’air très émus, presque commotionnés. Devant eux, la table où l’équipe de l’Etude officie. L’expert, qui tout à l’heure présentera le tableau pendant que je mènerai les enchères, ceux qui sont au téléphone – toujours important, le téléphone relaie l’acheteur invisible qui peut tout faire basculer. Ce jour-là, six ou sept appareils sont posés en attente. Jusqu’au dernier moment, l’équipe répond aux questions, s’occupe de tous les détails. Dans l’assistance, beaucoup arrivent avec ce qu’on appelle un faux nez, disons, incognito. À cause de la médiatisation sans doute, bon nombre de personnes dans la salle portent des oreillettes et communiquent avec le véritable acheteur, qui se trouve en réalité dans les couloirs de Drouot, au café ou à quelques kilomètres. En tout cas, il ne souhaite pas se faire connaître. Cela donne à l’atmosphère un côté surexcité, légèrement James Bond, qui n’est pas pour me déplaire.
Avant la vente, il est courant de mettre un prix de réserve en dessous duquel un objet ne peut être vendu – c’est, disons, un prix plancher dont on sait que le vendeur ne souhaite pas descendre plus bas. Lorsque l’on n’en met pas, dans le cas de ventes judiciaires par exemple, cela signifie que l’objet peut partir pour pas grand-chose s’il trouve preneur. C’est de toute façon une mesure de sauvegarde qui est laissée au libre choix du vendeur. Dans ce cas-là, quelques jours auparavant, j’ai reçu mon couple de retraités au Fouquet’s, pour leur faire honneur. Puis nous sommes passés au bureau afin qu’ils signent la réquisition de vente, document stipulant que l’Etude est chargé de vendre et dans quelles conditions. « Et que devrions-nous mettre comme prix de réserve ? Un million ? » m’avaient-ils demandé, incertains. Je leur avais conseillé, sachant que cela monterait forcément plus haut, deux millions.
@ suivre, demain !
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