Suspens
Nous prenons la mesure de la vente qui va avoir lieu : elle sera internationale, et il y a de fortes chances pour que ce soit le musée allemand qui finisse par acquérir l’oeuvre. Il nous faut donc un passeport pour que le panneau sorte de France. Nous demandons au Louvre de nous le procurer. Le conservateur de l’époque entre en transe et refuse de le donner. Motif : il s’agit du plus beau primitif que nous ayons eu en France depuis longtemps. Les analyses du laboratoire du Louvre montrent que le tableau est certes recouvert de poussière, mais que rien n’a été endommagé, ni le bois, ni la peinture. Très important historiquement, car c’est la première fois que l’on voit un ivrogne dans une flagellation, que Ponce Pilate est aussi présent, qu’un intérieur est autant représenté. Il a été peint vers 1450 par un des artistes les plus brillants de cette période en Alsace. Enfin, le panneau est le seul des sept connus à avoir conservé son intégralité, les autres ayant été amincis ou parquetés.
A la lecture de ce refus, mon sang ne fait qu’un tour. Je prends ma meilleure plume et j’écris au Ministre de la Culture du moment, Catherine Trauttman. J’agite deux arguments majeurs. D’une part, c’est un tableau qui fait partie du patrimoine Allemand à cent pour cent, et à l’heure de l’Europe, le fait de bloquer sa sortie peut être interprété comme une quasi-agression. D’autre part, c’est une spoliation car ce bien appartenant à deux retraités de l’éducation nationale, ne fera pas le quart de sa valeur s’il n’est pas vendu à l’international. Le suspens, en attendant sa réponse, est total.
En fin de compte et après quelques mauvaises nuits, j’ai l’autorisation presque un quart d’heure avant la vente…
@ suivre, demain!
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