L’avant-vente
Nous décidons d’appeler les conservateurs du Musée de Karlsruhe, qui arrivent ventre à terre et en rang serré. Nous leur offrons à déjeuner, nous discutons et ils nous demandent bien sûr de leur vendre le tableau, là tout de suite. Nouveau refus de ma part « Il n’en est pas question, nous représentons les vendeurs… » Cette affaire m’excite au plus haut point. « Quelle estimation pensez-vous donner ? » rétorquent les conservateurs. « On pourrait commencer à deux millions cinq cent mille francs, qu’en pensez-vous ? » La réponse fuse : « Non, non, vous êtes fou, ça ne les vaut pas… ! »
Me voici de nouveau en communication avec mon couple de professeurs d’histoire. Avec toutes sortes de précautions, je leur parle de la certitude que nous avons quant à l’auteur du tableau qu’ils m’ont confié, qui n’est connu que sous ce nom de Maître de la Passion de Karlsruhe – on ne sait rien de lui car les retables étaient souvent encore anonymes dans ces régions et à cette époque, il s’agissait de commandes pour des édifices religieux et les artistes étaient considérés comme des artisans. J’en viens à parler de l’estimation et je sens un petit flottement. Puis la même supplique : « Donnez-nous cette somme, deux millions cinq cent mille francs, cela nous suffit largement, on s’arrangera après, nous sommes vraiment au bord du gouffre… » Une fois de plus, je sens leur angoisse monter.
Je réponds tout de même, sûr de moi : « Non, je ne suis pas d’accord ! C’est comme si vous aviez un billet de la loterie nationale, je ne peux pas vous dire le montant exact, mais ça n’est pas le moment de flancher ! »
Commence alors tout un travail de communication, auprès des musées, des collectionneurs et surtout de la Presse. J’appelle Jean-Marie Tasset, aux pages culturelles du Figaro, lui donnant l’exclusivité de la nouvelle, lui parlant de ce tableau fabuleux que l’on vient de redécouvrir. Il écrit un article, s’enthousiasme. Nous faisons tranquillement monter la pression de toutes parts. Imprimons le catalogue comportant toutes les explications sur cette œuvre, sa provenance, les autres panneaux. Tout semble rouler. C’est sans compter avec les obstacles…
@ suivre, demain !
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